Son sourire a fait des ravages. Son vestiaire, pas moins. Marlon Brando fait partie de ces hommes dont on ne peut oublier l’allure. Retour en 15 images vintage sur le style d’un acteur qui a façonné, plus qu’un imaginaire, une véritable grammaire du style au masculin.
En anglais, on dirait qu’il est “the blueprint”. L’original. Le quasi-prototype. Celui qui, dans le dictionnaire actuel, serait si incroyablement parfait qu’il aurait été le modèle initial, celui qui a ouvert la voie aux suivants. Cette empreinte bleue du nom de Marlon Brando est apparue dès 1951, quand sort sur les écrans Un Tramway nommé Désir d’Elia Kazan. Cataclysme cinématographique de quatre millions au box-office, ce film, un second pour l’acteur, provoque un autre séisme. Jusque-là, les sex-symbols de Hollywood un charme poli, une virilité propre et contrôlée. Cary Grant, Gary Cooper, Clark Gable… autant de gentlemen impeccables à la séduction mesurée. Marlon Brando, lui, surgit comme une bête blessée, mais irrésistible.
Il porte un simple t-shirt, chose à peine décente à l’époque, sur sa carrure nerveuse. Il est beau, oui, mais d’une beauté brute, animale, dangereuse. C’est la première fois qu’un acteur masculin incarne autant le désir charnel sans le filtre du romantisme hollywoodien. Le cinéma américain découvre que la virilité peut être instinctive et torturée, pas forcément héroïque. Plusieurs looks de ce film forgeront la légende Brando bien au-delà des salles, de son look détrempé pour hurler le nom de Stella sous sa fenêtre au célèbre et irrémédiablement sien t-shirt blanc à manches courtes, à l’origine de son entrée dans le vestiaire commun de l’homme.
Quel est le style de Marlon Brando ?
Car ce mélange de sensualité et de vulnérabilité trouble profondément le public. Les femmes le désirent, les hommes le craignent, ou veulent lui ressembler, même ceux qui sont déjà célèbres. C’est le cas par exemple d’Elvis Presley, qui découvre Marlon Brando dans The Wild One en 1953. L’acteur y joue Johnny Strabler, chef d’un gang de motards vêtu d’un blouson noir Perfecto Schott 618, d’un jean Levi’s retroussé un poil trop moulant, d’un t-shirt blanc porté presque comme un sous-vêtement, de bottes noires et d’une casquette de cuir. Antihéros jeune, violent, sexuel, insolent et malgré tout magnétique, son image a un effet de bombe sur la jeunesse américaine, dont Elvis Presley fait partie.

D’autres films participeront à l’image de Marlon Brando, à l’écran jusqu’en dehors, à l’instar de The Fugitive Kind qui, en français, prend le titre de L’Homme à la peau de serpent, où il porte littéralement une veste en peau de serpent, ou de La Vengeance aux deux visages avec son pantalon à boutons. Mais ce qui le rend d’autant plus fascinant c’est que cette image, celle d’un sex-symbol, d’une icône de style, Marlon Brando la refusera toute sa vie. Lui qui méprise le star-system et voit la beauté comme une prison éconduit les interviews, décline son Oscar du Parrain pour protester contre le traitement des Amérindiens à Hollywood, envoyant à sa place l’activiste Sacheen Littlefeather, vit en marge, exilé sur son île en Polynésie.
Vieillissant, il se moque de son image, se défigure presque volontairement. Pas à la manière d’une superstar -fils d’un coureur de jupons et d’une actrice bohème tous deux alcooliques, il ne boit pas et ne se drogue pas -, mais par postulat. Car même dans sa maturité, et jusqu’à sa mort en juillet 2004, Marlon Brando reste fidèle à un certain principe de désaccord qui se reflète dans son style. Son allure, parfois disloquée, demeure d’une cohérence absolue : il ne joue jamais le jeu du monde. Sa chemise froissée, son trench-coat trop grand ou trop petit, son chapeau mou, tout cela dit le même refus tranquille. Il aura inventé l’élégance du non-alignement.
Et pourtant, le magnétisme persiste. Aujourd’hui encore, Marlon Brando hante les vestiaires masculins comme un fantôme tutélaire. Chaque jean porté sans affectation, chaque t-shirt à la coupe accidentellement parfaite, chaque veste en cuir qu’on enfile pour s’armer plutôt que pour paraître, porte quelque chose de lui. Son style n’a pas vieilli parce qu’il n’a jamais été de son temps, ni d’un autre d’ailleurs.
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